Women Health Education Programme

« La santé par les femmes »

WHEP, créé à l’initiative de l’IAP (InterAcademy Panel), est un programme scientifique international du GID.

WHEP est chargé d’accompagner des projets nationaux contribuant à l’amélioration de la santé de tous par l’éducation des femmes dans les pays en développement.

GID

Un Programme du GID - Groupe Inter-académique pour le Développement
 

Agriculture et santé en région subsaharienne De la nécessité de la prise en compte de la santé environnementale dans le concept du développement durable

Le 30 juin 2009, par Jean-Louis Martegoute,

Christian BRODAGH, délégué interministériel au développement durable auprès des services du premier ministre (2003-2006), définit le développement durable comme étant « un développement soutenable (durable) qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Deux concepts sont inhérents à cette notion : le concept de "besoin", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d’accorder la plus grande priorité, et l’idée des limitations que l’état de nos techniques et de notre organisation sociale imposent sur la capacité de l’environnement à répondre aux besoins actuels et à venir ».

Il va donc de soi que ce type de développement ne peut s’affranchir des besoins essentiels des populations les plus démunies telles que celles que nous rencontrons dans la région du bassin du fleuve Sénégal.

Ce concept qui s’appuie également sur 3 piliers fondamentaux suivants :

  • le pilier économique
  • le pilier social qui inclut la santé publique et donc la santé - environnementale
  • le pilier environnemental

illustré par le schéma ci-dessous :

Un projet de développement doit donc s’appuyer sur ces trois piliers et faire l’objet de trois études préalables correspondant chacune à ces trois dimensions.

L’étude portant sur le domaine de la santé environnementale doit prendre en compte le principe de l’évaluation des risques sanitaires liés à la nature même du projet de développement.

En l’absence de ce type d’étude, les résultats attendus du projet peuvent être inverses de ceux pour lesquels il a été réalisé.

Le développement agricole dans le bassin du fleuve Sénégal

Contexte :

Dans la région du bassin du fleuve Sénégal, au nord du Sénégal, comme généralement partout en Afrique, développer l’agriculture est le premier réflexe qui doit permettre aux populations :

  • de manger à leur faim et de ne pas être fragilisées par la maladie,
  • de leur assurer une vie digne,
  • d’empêcher l’exode rurale et l’immigration, mirages d’un bien être illusoire,
  • d’améliorer le bien être des populations.

Or, l’agriculture exige de l’eau. Des barrages ou retenues d’eau et des canaux d’irrigation à grande échelle ont été aménagés sur le bassin du fleuve Sénégal. Ces nécessaires aménagements, ont permis le développement de la canne à sucre et surtout celui de la culture du riz, base alimentaire essentielle des populations de cette région.

Parallèlement l’apparition de ces plans d’eau douce et des systèmes d’irrigation constitués de canaux à ciel ouvert a engendré de profondes modifications écologiques et environnementales favorisant l’apparition de mollusques abritant le parasite responsable des bilharzioses.

Par ailleurs ces aménagements hydrauliques ont activement participé à l’extension de nouveaux gîtes larvaires amplifiant l’exposition des populations au risque que représente le paludisme.

Enfin, le développement économique attendu a généré une émigration de main-d’œuvre assurant un certain accroissement démographique de la région.

Les conséquences de la non prise en compte de la problématique santé environnementale

Dans la composante sociale du concept du développement durable, s’intègre la dimension de la santé environnementale qui est un domaine particulièrement complexe, pluridisciplinaire (de la toxicologie, à l’épidémiologie en passant par la métrologie, l’ingénierie…) et couvrant un champ d’actions interministérielles.

La santé environnementale, partie intégrante de la santé publique s’intéresse aux milieux de vie (domestique, naturel, professionnel). Elle est la résultante des expositions volontaires/involontaires et des comportements individuels (consommation d’eau non potable, baignades dans des marigots infestés, usages répandus de l‘eau incompatibles avec la protection sanitaire des personnes…). Elle peut s’envisager par deux entrées :

  • une entrée sanitaire, donc une vision de l’état de santé des populations
  • une entrée environnementale, donc une vision de l’état de l’environnement des populations.

Ces deux entrées sont incontournables dans la prise en compte du développement durable ;

Constat :

Dans cette région du Fleuve Sénégal située en milieu tropical sahélien, les populations ont toujours été exposées en permanence aux risques paludéens (présence importante de gîtes de moustiques transmetteurs du paludisme), diarrhéiques et parasitaires (absence de desserte d’eau potable et de dispositif de traitement des eaux usées).

Plus les gîtes sont nombreux et proches des habitations, plus les risques sanitaires sont importants du fait même de l’exposition et donc plus la transmission de la maladie s’accroît.

Les indicateurs de santé environnementale permettent de corréler très justement :

  • l’état de santé des individus et la présence ou non d’équipements d’amenée d’eau saine et de traitement des eaux usées, et/ou
  • l’état de santé des individus et la présence avérée de gîtes abritant les vecteurs de maladies parasitaires.

Les mesures correctives sont aisément identifiables et une fois prises, l’état de santé des populations s’améliore très rapidement.

Je pourrai à ce titre évoquer la disparition rapide (en 3 ans) du choléra en Guyane Française dans les années 90 (épidémie apparue lors d’un déplacement massif de population riveraine) ou encore la suppression des maladies parasitaires dans la population du cirque de Mafate à La Réunion par la réalisation de dispositifs d’alimentation en eau potable et d’équipements servant à supprimer l’exposition des individus aux eaux usées domestiques.

La non prise en compte d’études relatives aux risques sanitaires engendrés par les aménagements hydrauliques évoqués ci-dessus ont induit des effets néfastes pour la santé des populations.

Résultat :

En s’affranchissant des risques sanitaires liés au milieu tropical et en créant des plans d’eau et des canaux d’irrigation à ciel ouvert, les aménageurs ont, non seulement accru les risques de transmission du paludisme par la multiplication des écosystèmes favorables à la multiplication des moustiques mais ont de plus favorisé l’implantation d’écosystèmes favorables au développement des mollusques, hôtes du parasite responsable des bilharzioses.

En conséquence les premiers cas de bilharziose intestinale ont été diagnostiqués à Richard Toll (ville située sur le fleuve Sénégal à une centaine de kilomètres à l’Est de St Louis) en 1988 soit deux ans après la mise en service du barrage de Diama situé à 30 kilomètres au nord-est de Saint Louis du Sénégal. (cf. ci-dessous la photo du barrage de Diama-origine : Google earth)

Depuis, la prévalence dans cette ville est passée de 42% en 1989 à plus de 90% en 2003 avec une population importante d’enfants touchée par ce fléau. En fait c’est toute la population riveraine du fleuve (non soumis au régime océanique) qui est atteinte par ce fléau.

Dans cette région tropicale du Nord Sénégal, tous les facteurs sont réunis pour favoriser la transmission de maladies infectieuses et parasitaires : absence d’hygiène, absence d’accessibilité à l’eau potable, absence de dispositif de traitement des eaux sales, présence de vecteurs tels que moustiques, rats etc.…

Conclusions :

Le développement de l’agriculture par irrigation laisse entrevoir à la population une relative autosuffisance alimentaire.

Mais force est de constater que parallèlement ce développement a accru les risques sanitaires en exposant la population à des maladies infectieuses supplémentaires (comme la bilharziose) dont l’impact à déjà des effets contraires à l’amélioration de vie des populations.

En effet le paludisme, responsable de la mort de millions de personnes sur le continent Africain a une incidence notoire sur l’économie africaine. L’impact économique du paludisme, se chiffre, d’après l’OMS à 38% du PNB du continent Africain. Y ajouter l‘incidence des maladies dites hydriques comme les bilharzioses et les infections diarrhéiques, ne fait qu’empirer une situation déjà bien précarisée par l’absence de gestion des eaux.

La prise en compte des risques sanitaires, auxquels la population se trouve exposée, dés la conception du projet de développement agricole de cette région, aurait certainement donné la possibilité aux décideurs de prévoir des aménagements visant à ne pas créer de nouvelles potentialités d’exposition ou à défaut d’en minimiser l’impact vis-à-vis de ces populations. Par exemple :

  • transport de l’eau d’irrigation par conduites fermées,
  • nettoyage fréquent des berges des retenues d’eau et ou des canaux d’irrigation à ciel ouvert…
  • campagnes de sensibilisation approfondie des populations aux risques sanitaires liés à l’eau…

Cet exemple montre que nous ne pouvons pas inscrire un projet de développement fusse-t-il agricole, sans, dés la conception du projet, une réflexion tridimensionnelle : sociale, environnementale et économique. Le concept du développement durable invite à cette réflexion.

Les conséquences aujourd’hui observables d’un projet de développement nous invitent également à générer une dynamique d’évaluation permanente. Sinon, nous nous trouverons devant l’impossibilité de développement réel qui assure le bien être des générations actuelles mais qui assurera également celui des générations futures.

Encadré :

EPLS (Espoir Pour La Santé) est une ONG sénégalaise dont les activités sont dédiées à la recherche scientifique en santé. Cette institution est partenaire de nombreuses organisations et centres de recherches internationaux. Les activités de EPLS se situent dans les domaines de la recherche clinique sur les maladies tropicales et en conseil de méthodologies adaptées à l’amélioration de la santé publique dans la région du Fleuve Sénégal. Jean-Louis Martegoute, ingénieur français spécialiste en santé environnementale et Assistant Technique au MAE, en est le Directeur Technique (www.espoir-sante.org).


SPIP 1.9.1 | BliP 2.2 | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Couleurs du site | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 105 (179369)